Sillamäe. Une ville d'Estonie située à quelques kilomètres de la frontière russe. 92% de la population parle russe. La plupart des habitants sont nés soviétiques, ont vécu l'indépendance estonienne de 1991 comme un basculement brutal, et regardent aujourd'hui la guerre en Ukraine avec une terreur particulière - celle de ceux qui ont de la famille des deux côtés.
Sillamäe est une ancienne ZATO, « Entité administrative et territoriale fermée ». Une ville secrète du temps de l'URSS, construite autour d'une usine d'enrichissement d'uranium, effacée des cartes soviétiques et remplacée par un simple code postal. On y vivait bien, mieux qu'ailleurs. Sous surveillance constante.
Trente ans après l'effondrement de l'URSS, quelque chose résiste ici. Pas la nostalgie,quelque chose de plus complexe. Une façon d'être ensemble, une culture, une langue, une mémoire collective que le gouvernement estonien cherche aujourd'hui à effacer méthodiquement : suppression du russe dans les écoles, démantèlement des symboles soviétiques, exclusion du droit de vote pour les citoyens russes.
Pierre-Marie Pelé ne documente pas ce conflit. Il en capte les traces dans les corps, les espaces, les atmosphères. Ses images construisent un récit métaphorique - l'enfermement comme condition humaine, la résistance silencieuse comme dignité -.
ZATO est une série sur une ville. C'est aussi une série sur tous ceux que l'histoire place entre deux mondes sans leur demander leur avis.